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StLouis’Docs 2026 : 45 films, un hommage à Mahama Johnson Traoré et le Sargal’Docs pour Alice Diop

Affiche officielle StLouis’Docs 2026

Lors d’une conférence de presse tenue à Dakar le 28 mars 2026, le producteur Souleymane Kébé a dévoilé le programme complet de la 17e édition du Festival international du film documentaire StLouis’Docs, qui se tiendra du 28 avril au 2 mai 2026 à Saint-Louis, Sénégal. Au menu : 45 films de 22 pays, un hommage au pionnier du cinéma sénégalais Mahama Johnson Traoré, et la distinction suprême du Sargal’Docs remise cette année à Alice Diop.

Une conférence de presse tenue à Dakar le 28 mars 2026

C’est depuis Dakar, et non depuis Saint-Louis, que le comité d’organisation du festival StLouis’Docs a choisi de présenter la 17e édition de l’un des rendez-vous les plus singuliers du cinéma documentaire africain. Souleymane Kébé, producteur et figure centrale du festival depuis ses débuts, a animé cette conférence de presse en présence de partenaires institutionnels tels que le  FOPICA .

Cette 17e édition confirme la trajectoire ascendante d’un festival qui, parti de peu, est devenu en moins de vingt ans une vitrine internationale du cinéma documentaire africain — et un outil de politique culturelle reconnu par l’État sénégalais.

45 films, 22 pays, une sélection panafricaine et internationale

Le chiffre est éloquent : 45 films provenant de 22 pays d’Europe et d’Afrique seront présentés lors de cette édition. La sélection distingue trois catégories — courts et moyens métrages nationaux, courts métrages internationaux et longs métrages — auxquelles s’ajoutent deux séances hors compétition.

Onze projets d’auteurs et d’autrices représentant sept pays africains — le Sénégal, le Togo, la Côte d’Ivoire, la Mauritanie, le Mali, le Niger et le Burundi — ont été sélectionnés dans la compétition nationale et internationale. Ce périmètre géographique dit l’ambition panafricaine du festival : Saint-Louis comme carrefour des cinémas d’Afrique de l’Ouest et au-delà.

Des projections gratuites dans toute la ville

Fidèle à sa vocation populaire et à son ancrage dans la ville, StLouis’Docs maintiendra cette année ses projections entièrement gratuites dans une multiplicité de lieux :

Cette dispersion dans la ville est une signature du festival — le documentaire africain ne s’adresse pas qu’aux salles obscures et aux initiés, il s’invite dans les cours, sur les places, dans les écoles. C’est une philosophie de démocratisation culturelle cohérente avec l’identité de Saint-Louis, ville classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, qui mérite une vie culturelle à la hauteur de son histoire.

Hommage à Mahama Johnson Traoré — la mémoire restaurée

L’un des moments les plus attendus de cette édition sera l’hommage rendu au patrimoine restauré de Mahama Johnson Traoré (1942–2010), pionnier du cinéma sénégalais et cofondateur du FESPACO. Deux films restaurés en 2024 seront projetés lors du festival :

Films restaurés de Mahama Johnson Traoré

🎬  Réou Tak — inédit au Sénégal · Première projection nationale

🎬  Njangaan — film de référence du cinéma sénégalais classique

→  Les deux films ont été restaurés en 2024

→  Mahama Johnson Traoré (1942–2010) : pionnier du cinéma sénégalais, cofondateur du FESPACO

Cet hommage est un acte culturel et politique fort. Mahama Johnson Traoré est une figure tutélaire du cinéma africain — souvent citée, rarement vue. La restauration de ses films et leur projection à Saint-Louis représentent un geste de mémoire qui s’inscrit directement dans la mission de StLouis’Docs : non seulement diffuser le cinéma documentaire africain contemporain, mais aussi préserver et transmettre le patrimoine cinématographique du continent.

Le Sargal’Docs 2026 à Alice Diop — la réalisatrice de Saint Omer récompensée

La distinction la plus attendue de la conférence de presse est l’annonce du Sargal’Docs 2026 — récompense annuelle du festival remise en reconnaissance d’une contribution précieuse au cinéma documentaire. Cette année, le Sargal’Docs est décerné à l’autrice et réalisatrice sénégalaise Alice Diop.

Alice Diop est l’une des voix les plus importantes du cinéma documentaire et de fiction africain contemporain. Née en France de parents sénégalais, elle a imposé un regard singulier sur les marges et les invisibles de la société française, depuis ses premiers documentaires (La mort de Danton, 2011) jusqu’à son premier long métrage de fiction, Saint Omer, Lion d’Argent à la Mostra de Venise 2022 et César de la meilleure première œuvre. Son documentaire Nous (2021), tourné le long du RER B en région parisienne, est une œuvre politique et poétique d’une puissance rare.

« Alice Diop reçoit le Sargal’Docs en reconnaissance de sa précieuse contribution au cinéma documentaire. »

— Souleymane Kébé, producteur, StLouis’Docs

Cette distinction dit quelque chose d’important sur la vision du festival : valoriser les réalisatrices africaines de la diaspora dont le travail fait le pont entre l’Afrique et les espaces où vivent des millions d’Africains, entre le documentaire et la fiction, entre la mémoire et le présent.

Les sélections 2026 — Films retenus

SÉLECTION NATIONALE — 6 courts et moyens métrages

Dakar Panafricain Ismaël Mahamadou Laouali & Julie Kleinman

La Reine du Siko Arfan Barro Yarou

Le fils de l’autonomie Massow Kâ

Siftor! Salamata Bâ

Sur les pas d’un Cheikh  Moussa Samake

Xam Xam Sara Gadiaga

SÉLECTION INTERNATIONALE — 14 courts métrages

  1. Avol d’oiseau – Clara Lacombe (France)
  2. Amore – Loba Kodjo (Maroc, Côte d’Ivoire)
  3. An open field – Tebeho Edkins (Kenya, Afrique du Sud)
  4. Atémit Sembé – Abdoul Aziz Basse (Sénégal)
  5. Beyond Olympic glory – Shedrack Salami (Nigeria)
  6. Concrete moves – Fagamou Fama Ndiaye (Sénégal)
  7. Doudou-la magie du rythme – Sjors Swierstra (Sénégal, Pays-Bas)
  8. Katasumbika – Petna Ndaliko Katondolo (RDC)
  9. L’Mina – Randa Maroufi (Maroc)
  10. Lassiguili – Zeinab Soumahoro (Côte d’Ivoire)
  11. Ratures – Evelyne Agli (Bénin)
  12. Rue 31×18 – Demba Dia (Sénégal, inédit)
  13. Werga – Jeannine Dissirama Bessoga (Togo)
  14. Yan Bida – Jamilou Laouali Salaou (Niger)
  15. Les voyageurs – David Bingong (Cameroun, Maroc, Espagne)
  16. Liti Liti – Mamadou Khouma Gueye (Sénégal, France)
  17. Tin Hinan, la dernière nomade – Leïla Artesse Benhadj (Algérie, Italie)
  18. La dernière rive – Jean-François Ravagnan (Gambie, Italie, Belgique)
  19. Kevine et Fortune – Sarah Imsand (Cameroun, Suisse)
  20. À travers tes yeux – Brigitte Poupart (Haïti, Canada)
  21. Chemin de terre – Simon Desjobert (Éthiopie, France)

HORS COMPÉTITION — Séances spéciales

  1. Didi – Gaël Kamilindi et François-Xavier Destors (Rwanda, Suisse)
  2. Wolobougou – Camille Varenne (Burkina Faso, France)

Le FOPICA — De 1 à 15 millions de F CFA

« Nous sommes passés d’un financement de 1 à 15 millions de F CFA, en justifiant l’impact du festival sur la ville de Saint-Louis. »

— Souleymane Kébé, producteur, StLouis’Docs

La progression du financement public accordé par le Fonds de promotion de l’industrie cinématographique et audiovisuelle (FOPICA) est l’un des faits marquants de la conférence de presse. Passer de 1 à 15 millions de F CFA de subvention publique, c’est une multiplication par quinze — la reconnaissance par l’État sénégalais que ce festival n’est pas une vitrine accessoire, mais un outil de rayonnement culturel, de formation professionnelle et d’éducation à l’image pour les populations.

« Saint-Louis est l’un des huit pôles. Nous ferons un effort supplémentaire pour que les populations éloignées de Dakar bénéficient aussi de l’attention requise. »

— Aliou Kéba Badiane, secrétaire permanent du FOPICA

Le secrétaire permanent du FOPICA a assuré que sa structure continuerait d’accompagner l’événement, qui répond selon lui aux attentes des professionnels de l’écosystème local. Cette inscription de Saint-Louis dans les huit pôles culturels prioritaires du Sénégal est une décision politique qui engage des responsabilités — et des financements — à moyen terme.

Les cafés-rencontres — l’âme du festival

StLouis’Docs maintient cette année ses traditionnels cafés-rencontres avec les cinéastes — ces espaces de dialogue informel entre réalisateurs et public qui sont, depuis les premières éditions, l’ADN du festival. Causeries, tables rondes et ateliers de création complèteront le programme des projections. Ces formats permettent aux jeunes cinéastes sénégalais et africains d’échanger directement avec des auteurs confirmés — un transfert de compétences et de vision qui se joue loin des institutions et des diplômes.

C’est peut-être là, dans ces cafés improvisés à l’ombre des vieux buildings de Saint-Louis, que se forgent les documentaristes africains de demain.

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