Père du cinéma africain, Paulin Soumanou Vieyra a laissé derrière lui un riche héritage en termes de vidéos, de photos, d’enregistrements, de livres, tous d’un autre âge. Son fils, Stéphane, ancien militaire ayant servi pendant 25 ans dans l’armée française, s’est engagé à lutter contre l’oubli de l’œuvre de l’illustre précurseur du 7e art dans le continent noir. En 2012, il crée PSV-Film, une association chargée de la conservation du legs de son paternel à travers la numérisation et la restauration de ses œuvres. Parallèlement, Stéphane a mis en place une structure de promotion du cinéma africain dans la ville de Tours en France.
Originaire du Dahomey (actuel Bénin), Paul Soumanou Vieyra est le premier africain diplômé de l’Institut des Hautes Etudes Cinématographiques (IDHEC), devenu Ecole nationale supérieure des métiers de l’image et du son (FEMIS). Par la suite, il s’est naturalisé sénégalais. Son fils, Stéphane a décidé en 2012 de prendre le relai de sa mère Myriam Warner Vieyra qui gérait les archives du cinéaste depuis son décès en 1987. Elle assurait également la distribution des films du mentor des illustres Djibril Diop Mambety et Ousmane Sembène. « Le travail est colossal au point de reposer sur les épaules d’une seule personne », reconnaît Stéphane. C’est pourquoi, il crée l’association PSV-Film comptant à ce jour une cinquantaine de membres, volontaires et bénévoles. Elle a recours à des financements des organismes.
Pérenniser les réalisations de Paulin Soumanou Vieyra

Sa mission est la distribution des films de PSV dans les festivals. L’Association assure la restauration des films et documentaires réalisés par Paulin. Sa collection est riche d’une trentaine de documentaires, renseigne Stéphane. A cela s’ajoutent les photos, les cassettes, les enregistrements audio et les écrits. Pour mieux garder ce trésor et garantir sa pérennisation, l’Association a signé un partenariat avec le Black Film Center & Archive de l’Université d’Indiana, en 2021. Celui-ci a en charge la préservation de cette source d’information, la mise à disposition de la collection Vieyra à un réseau international d’universitaires. La structure a aussi la mission de procéder à la numérisation des archives pour faciliter l’accès au grand public, notamment au Sénégal et en Afrique de l’Ouest. Dans ce cadre, l’Université d’Indiana a décroché un financement de plus de 300.000 $. Ce fonds va permettre de numériser les documents et de lancer une plateforme permettant de consulter les archives à distance, informe l’ancien soldat.
Le travail de l’Association n’est pas chose aisée, à en croire son président. La restauration se fait dans des laboratoires à condition de disposer des fichiers originaux. Stéphane précise que pour restaurer un long métrage d’une durée de 80 à 105 minutes, il faut un budget de 50.000 à 60.000 euros. Il ajoute que la numérisation des ouvrages se fait via des machines spécifiques.
L’œuvre de PSV est « inestimable », clame Stéphane. Sa bibliographie renferme les ouvrages tels que « Le cinéma africain des origines à 1973 », « Sembène Ousmane, cinéaste ». Il y a aussi des livres finalisés et non encore publiés à savoir la suite du premier ouvrage cité analysant le paysage cinématographique africain de 1973 à 1985. Mais aussi un bouquin intitulé « le sang d’un nègre », relatant l’histoire de PSV de son arrivée en France en 1935 jusqu’au milieu des années 50.
Promotion du cinéma africain
Cette mine d’or va être révélée au monde à l’occasion du centenaire de Paulin Soumanou Vieyra prévu en 2025, confie Stéphane. L’Association compte restaurer le seul long métrage de PSV titré en résidence surveillée traitant d’un coup d’État. La restauration de son film de fin d’étude d’une durée de 8 minutes est aussi à l’ordre du jour, selon l’héritier. La présentation de ses joyaux mènera les membres de l’Association aux festivals en Afrique dont le FESPACO, en Europe et aux Etats-Unis. Stéphane Vieyra prépare un film co-réalisé avec Ndèye Marème Gaye où il va raconter l’histoire de son père.
En plus des activités de l’Association, Stéphane tient à cœur la promotion du cinéma africain. Il a mis en place le Bimestriel du Cinéma Africain de Tours (BCAT), depuis 2016. C’est une sorte de ciné-club qui réunit les cinéphiles le dimanche à 11 heures. Le volet fiction se déroule dans la salle Les Cinémas Studio de Tours. Au menu, il y a la diffusion d’un court métrage, d’un long métrage suivi d’un brunch africain offert. Le volet documentaire fait la part belle aux documentaires réalisés par les Africains. La projection se fait en présence du réalisateur et d’un journaliste critique-cinéma. Elle laisse la place à des discussions sur le cinéma africain. Et pour le centenaire de la naissance de Paulin, prévu en 2025 , BCAT compte mener des activités a l’honneur du cinéaste .





























